Démarche...


Pour bien appréhender le travail délicat de Milvia, il faut avoir à l’esprit que les figures tutélaires des grands maîtres de la calligraphie japonaise, et leur enseignement, ne sont jamais bien loin, quoique suffisamment, tout de même, pour que sa peinture « par monotype » ne se réduise pas à un geste calligraphique tronqué, ni même seulement sublimé.
Car l’idée d’une énergie, canalisée, retenue puis exprimée avec maîtrise parle à l’esprit de Milvia depuis longtemps, depuis sa rencontre, adolescente, avec Soulages ou Zao Wou-Ki, puis un peu plus tard, avec ces étudiants d’une école tokyoïte qui lui firent découvrir, comme une réminiscence, l’art de la calligraphie, sa « part occulte »*.

L’art de Milvia est ainsi fondamentalement nourri de sa fascination pour un idéal de geste pictural, à la fois parfait et spontané, « réussi » et fluide, libre et retenu, tout un équilibre fragile, précaire, presque miraculeux, qui ferait du premier trait le trait idéal et sans retouche, juste suffisamment dense et suffisamment transparent, souple et ferme, en un mot chorégraphique.

Depuis une petite dizaine d’années, son travail a progressivement évolué vers l’épure. D’abord, il y eut des recherches de matière, d’effets de matière, le plaisir de laisser glisser le pinceau sur le papier, libre, libéré de ce que le geste calligraphique peut avoir de pesant, de rigide, de trop codifié pour l’artiste, des tentatives de glisser çà et là signes et écritures. En 2004, elle réalise même une série très « japonisante », récupérant des « chutes » d’exercices calligraphiques pour les intégrer à son œuvre.
Mais peu à peu, sa technique si particulière, inspirée de la gravure monotype, et son souci de l’épure l’emportent. De ces successives impressions sur papier à partir d’une plaque de plexiglas, l’œuvre naît, retravaillée parfois de lignes ou de couleurs, une œuvre aujourd’hui plus gestuelle et plus contenue, dont la simplicité ne doit pas éluder la rigueur de l’exécution.

Et même si on croit pouvoir y reconnaître parfois le geste d’un Hartung, d’un Mathieu ou d’un Pollock, la peinture de Milvia, pour être énergique, n’est pourtant pas une peinture lyrique, ou expressionniste, mais une peinture de la mesure maîtrisée.
Violence contenue des contrastes noir sur blanc, noir sur couleur, trace initiale de l’encre de Chine sur le papier, mais aussi recherche de l’équilibre entre pleins et vides, l’espace du papier se fait lieu à habiter, subtilement, sensuellement, spirituellement.
Il n’y a, dans l’art de Milvia, ni esbroufe inutile, ni vision tape-à-l’œil, mais un « presque-rien » paradoxalement lent et intemporel. Dans ces lignes, traces, empreintes, chemins, mais aussi impressions de griffures et de grattages, se lisent une quête intérieure de maîtrise et de sérénité, une vision du monde ou mobile et immobile se rejoignent et s’unissent, et où le non-dit, le silence, manifestent davantage la déroutante poésie des choses que les plus édifiantes des images.

Marie Deparis, critique d'art, février 2008

* « La mémoire du pinceau », à propos du travail de Milvia – Philippe Truquin

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